Indigo : l’aventure bleue d’une couleur voyageuse

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Indigo : l’aventure bleue d’une couleur voyageuse


L’indigo occupe une place singulière au travers des âges et des cultures, c’est pourquoi j’ai eu envie de vous en parler un peu. Tour à tour, couleur des rois ou des plus humbles, elle est la plus aimée au monde et continue encore à être explorée par de nombreux artisans et artistes contemporains. 


Indigo naturel, vous avez-dit bleu ?

La couleur indigo est à l’origine produite à partir de plantes. Elle couvre une multitude de nuances de bleu étant donné le nombre de variétés végétales indigofères existantes. Lorsqu’on parle d’indigo, cela évoque un bleu violacé profond caractéristique de la molécule colorante nommée indigotine. Mais il existe d’autres plantes tinctoriales produisant la couleur bleu indigo.

L’arbuste d’indigotier ou Indigo des Indes produit ce bleu profond reconnaissable entre tous. Cet indigo véritable est le plus connu car la plante dont il est issu, est celle contenant la concentration d’indigotine la plus importante.

Ceci dit, avant l’introduction en masse de la culture de l’indigotier par les Européens dans les colonies au XVIIe, il y avait le Pastel des teinturiers. Précurseur de l’indigo, cette plante dont la teinture obtenue est appelée bleu pastel dominait dans toute l’Europe. Sa culture était majoritaire au Moyen Âge et à la Renaissance et resta la seule source de teinture bleue disponible jusqu’à la fin du XVIe siècle, avant l’essor des routes commerciales vers l’Extrême-Orient. Elle était principalement cultivée dans le Sud de la France et fit la richesse de la ville de Toulouse.

Également classée dans les précurseurs de l’indigo, la renouée des teinturiers est la plante tinctoriale à indigo, indigène de Chine. Elle a été largement cultivée dans toute l’Asie du Nord-Est jusqu’au XIXe siècle pour la production d’indigo. Elle est toujours cultivée au Japon dans la région de Tokushima.

Une couleur, des pratiques différentes

La multiplicité des pratiques textiles liées à la création de cette couleur unique est absolument fascinante. Que l’on soit en Chine, au Japon, au Mali, en Inde ou encore en France, les savoir-faire se sont multipliés à travers l’Histoire et les cultures. La meilleure ressource qui dresse un panorama complet sur le sujet est l’excellent et passionnant livre de Catherine Legrand qui est par ailleurs la spécialiste du sujet et qui a été la commissaire de l’exposition dédiée à la Bibliothèque Forney en 2015. Son livre Indigo, Périple bleu d’une créatrice textile aux Éditions De La Martinière est un carnet de voyage qui retrace la route de l’indigo et remonte le fil de son histoire grâce à une documentation riche et variée : on découvre comment l’indigo se métamorphose. Si vous avez le temps d’aller plus loin, vous pouvez écouter l’émission que France Culture a consacré à ce sujet :

http://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=4995029

 

« La teinture à l’indigo reste un savoir universel. Partout elle se déroule selon le même processus : la culture ou la cueillette de la plante, l’extraction du pigment, le montage de la cuve, le fil ou la toile teints qui émergent du bain de teinture et dont se saisissent le tisserand puis le couturier et le brodeur qui transforment le tissu en de sublimes vêtements ». 

 

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La couleur indigo en décoration

Le bleu indigo est bien connu dans la fabrication de tissus destinés à l’habillement, mais aujourd’hui, on parle aussi de la couleur « indigo » pour nommer communement ce bleu bien spécifique. C’est donc une couleur que l’on retrouve aussi en décoration intérieure, classiquement via les textiles d’ameublement mais aussi par le biais de la peinture et dans le choix de certains d’objets, notamment la vaisselle. 

Si vous voulez démarrer de manière soft sans tout repeindre en bleu, vous pouvez introduire cette sublime couleur par le biais d’un plaid, d’un couvre-lit ou encore de coussins. En fonction de vos préférences, vous pouvez opter pour des tissus ethniques version ikat, batik, shibori… 

Le bleu indigo peut aussi être choisi en peinture, l’exercice est plus délicat mais je trouve cela très convainquant. Cette couleur s’accorde et vibre parfaitement avec un jaune curry par exemple mais aussi avec l’ocre, l’orange ou encore des tons camel. Côté matière : le cuir, le bois et le lin se coordonnent bien avec.

 

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© Janne Peters
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© Richard Powers
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© Tessa Neustadt
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Via Design Crisis


Ressources documentaires :

Entreprise
Le Bleu de Lectoure est une entreprise française qui remet en valeur la production du Pastel.

Artistes dont le travail est lié à l’indigo
Aboubakar Fofana : artiste plasticien et créateur textile d’origine malienne.
Fukumi Shimura : artiste japonaise, elle tisse des kimonos avec des fils de soie qu’elle teint avec des végétaux dont l’indigo.
Betty de Paris : artiste plasticienne en couleurs végétales.
– Shihoko Fukumoto : artiste japonaise représentée par Art Court Gallery, une galerie d’art contemporain à Kyoto.

Bibliographie
– Catherine Legrand Indigo, le périple bleu du créatrice textile
– Michel Pastoureau Bleu, histoire d’une couleur. Historien et spécialiste des couleurs, ses ouvrages sont passionnants.
– Kapila Vatsyayan Culture of Indigo in Asia: Plant, Product, Power

Réaliser sa teinture soi-même avec un DIY sur Milk Magazine

© Photos Catherine Legrand – DR